16 juillet 2009
Confiture de lait.
L’index acrobate dévergondant ma gourmandise plonge tête fière dans l’ocre roux. Le gout dégoulinant s’enroule avant même que la langue ne se déroule. La mignardise agonise de la voltige, le pot reste béant, bouche ouverte.
Des doigts transporteurs s’organisent et ravitaillent en friandise ma bêtise. Lécher, pourlécher, contourner, renverser, retourner, éviter la coulure. Manier l’index de main de maitre. Le majeur en extension pointant le qu’en dira-t-on. Fuck.
Ce n’est rien qui passe.
Rien. Les jours et leur trainée de chaleur. La routine en tartine. La cervelle en rondelle. À l’abri, loin du regard. Ce n’est rien qui passe. L’habitude des nuits qui ne chuchotent plus. Des broutilles qui s’effritent dans les pensées. L’anesthésie de l’été. Rien ne passe, tout est en place. Un arrêt sur image, un arrêt sur la page. J’attends l’orage et la rage. L’engrenage capable de me ramener sur mon propre rivage. J’attends la vie comme si elle m’avait quitté. Comme si elle m’avait vidée, évidée de son arme. Le vide. Au fond ce n’est rien qui passe, juste rien qui serpente. Juste rien qui crie à l’écho. Juste rien qui me tasse.
04 juillet 2009
Quelque chose à changé.
Une infime rayure. Une déchirure je ne sais pas. Je dois m’y habituer. Je contemple l’impact. Sous toutes les coutures. Quelque chose a vraiment changé. Un peu comme lorsque qu’on ferme un livre après avoir ralenti la lecture sur la dernière page et même qu’on l’ait lue assez de fois pour qu’elle dure dans l’esprit… fermer le livre et se dire que l’on est plus la même personne. Qu’on a grandi. Qu’on est devenu riche. Fort. Et empreint d’une nouvelle lumière. Quelque chose a changé. Le regard. L’âme. L’histoire. L’avenir c’est certain.
30 juin 2009
Anesidor
Ne me dis pas que tu as ouvert la boite de pandore pour y allumer un feu de peine. Ne me dis pas que tu as peur de ce qu’il advient de ton geste fou, ne me dis pas que tu t’évapores de tout, de nous.
Après avoir fouillé les profondeurs, ouvert des brèches dans des abysses, hissé mon regard sous d’autres lumières, brassé dans tes airs ce que j’embrasse dans mes vers. Ne me dis pas que… ne me dis pas que…
Tais-toi ! Je ne veux rien entendre, je veux juste crier. Hurler. Hurler sur la folie du monde qui me pénètre, se faufile et me cout sur l’intérieur... je ne veux pas de ces trous qu’elle fore, un à un, vicieuse, sinueuse, insidieuse, je ne veux pas me sentir vrillée dans mon corps. Je ne veux pas de cette houle qui me foule des pieds à la tête, je ne veux pas que la rage m’arrache à moi. Je ne veux rien de tout ça. Je n’ai rien demandé, je ne veux rien savoir. Je n’ai pas besoin du noir qui m’enchevêtre. Je n’ai pas besoin de toi, ni de ton ombre, ni de ton souvenir, je ne veux rien de toi. J’ai assez de moi. Assez d’ombre. Assez de tourments. Assez de manque.
29 juin 2009
Date limite de rédemption.
C’est pour rien ou presque rien. Pour le pétillant de quelques jours, pour les trois mille bulles qui font vaciller le cœur, pour l’aorte, l’instant qui porte. Pour le sourire cicatriciel, pour la hauteur du ciel, pour le hoquet du temps perdu, pour le plaisir mordu. Pour l’addition, la division et l’ensemble rond. La main qui se glisse dans la caresse, ou le soupir de l’ivresse. Pour le rire pendu, et le corps défendu, le goût criard et les bouchées folles. Pour rien ou presque rien. Pour demain. Amen.
26 juin 2009
pour laisser passer le temps.
http://www.deezer.com/track/2922772
23 juin 2009
Ce que se disent les enfants.
Ils sont là plantés sur un chemin de terre un peu râpé de leurs souvenirs sépia. Ils sourient et plissent les yeux. Ils se fichent bien de savoir si l’instant ira se lover dans leur souvenir ou pas.
Ils évoluent dans l’aisance du présent.
Ils se parlent peut-être de promesses sacrées, et jurent et crachent de ne jamais en déroger. Ils s’inventent avec gravité des moments pour plus tard, pour quand ils seront grands. Ils se touchent peut-être la bouche pour y gouter à cet avenir, celui qu’ils effeuillent déjà de leurs doigts maladroits. Ils rient, un peu gênés, de s’être effleuré le nez et d’avoir laissé l’empreinte d’une douceur surprenante sur la blancheur de leur enfance.
Ils chuchotent et personne ne les entend. Pas même le temps. Leur futur ne s’en souviendra pas et peu importe. Ils goutent à l’émotion, celle, d’un premier baiser qu’ils ne retrouveront jamais collée sur d’autres nez. Ils ont le reflet des blés dans les cheveux, l’ébouriffé du vent, et le parfum des nèfles. Des sourires de lait et l’assurance des hommes grands.
Ils ne savent pas.
N’imaginent pas.
Ils vivent c’est tout.
S’ils osent se prendre la main c’est pour ne pas oublier l’innocence.
Mais ça, ils le sauront plus tard.
Pour eux l’envergure du paysage est ouverte à leurs pieds, et ce chemin de terre à l’escarpé si savoureux libère l’odeur sèche de l’ocre. Le regard planté dans l’horizon, ils voyagent si loin qu’ils en voient les années défiler.
Loin. Très loin.
Par delà le possible et l’impossible.
Ils ne se voient même plus, ils sont trop proches.
Tous deux sont transportés dans un futur qu’ils attendront un jour, sans pourtant le dessiner.
Tout d’eux s’efface.
Un jour.
Au détour d’un après-midi qui parle des promesses de l’été, ils se souviendront de ce qu’ils n’ont pas retenu. Ils se souviendront d’amour, et d’émotion, de douceur et d’insouciance, d’importance, et de chaleur, de la perdition du mot toujours. Ils se souviendront de ce que la vie leur avait évoqué et donné. Ils se souviendront de la poigne d’un instant qui leur avait serré le cœur assez fort pour qu’ils se souviennent de ce qu’ils ne s’étaient surtout pas dit.
Il y a longtemps.
Si longtemps.
17 juin 2009
Court métrage
Les gens passent et les jours terrassent les cafés au bord de l’été.
La fin d’après-midi renâcle la torpeur et les anisés.
Il n’y pas deux mille chemins pour être là et pourtant, on dirait que le monde entier s’est organisé pour aller de coté cours à coté jardin. Rares les indisciplinés qui fendent le banc ou alors ils foncent un peu courbés sur leurs soucis en porte bagages. L’une derrière l’autre quelques danseuses perchées sur des jambes déjà trop longues sans leurs jolis talons. Certaines ont le regard si haut et la démarche si fluette qu’on se demande comment cette tête tient sur la cime. Des mouflets ont les doigts dans le nez bourré de poil à gratter. Parfois ils volent en rase-motte à bort d’engins maman-propulsés. De temps à autre un splendide portrait de laideur crie sa vérité harnachée sous des fringues souvent étriquées. Pourquoi les gens laids semblent-il si serrés ?
…
Tout près, titube entre les errants une queue de pie voleuse qui dépose ici et là des tasses aux bords dorés et usés par tellement de bouches dont personne ne se souvient… Alors combien de bouches ont regardé au fond de ma tasse de thé ? Dix sept mille sept cent vingt deux.
…
J’ai entendu un éclat de rire et vu plein de mains dans des mains, j’ai entendu le silence des autres et vu ce qu’ils étaient venu montrer. J’ai vu des seins sous des transparences et repassé mon regard sur des lins d’hommes froissés.
J’ai vu des chaussures. Puis des chaussures. Et des chaussures. Et encore des chaussures.
Deux par deux.
Deux parts d’eux qui laissaient dans leurs sillages des histoires que je leurs prêtais le temps qu’ils apparaissent. Passent. Et disparaissent.
Des centaines de vies d’une minute et trente deux secondes…
16 juin 2009
Faux ton, bas ton.
Tu sais, j’ai l’impression d’avoir oublié quelque chose dans un aller retour sans mémoire. Peut-être l’histoire… J’ai l’impression d’avoir dormis assis-debout dans un coin de mon cerveau durant des jours entiers, des nuits pas fières. J’ai l’impression d’avoir le corps gonflé d’un vide grassouillet, l’impression d’avoir le dégout d’une faim immense, le rejet d’un désir trop démesuré à vomir… je ne sais pas bien… j’ai le corps bancal dans ma tête et je m’emboite mal, ça me déboite le pas. Un peu moite, un peu coite. Ni moi, ni personne d’ailleurs. Un ectoplasme froissé par l’aube de quelqu’un d’autre.
Alors je t’écris. Pour ne rien laisser comme paroles flotter en l’air comme une trainée de parfum d’hier. Je t’écris pour avoir l’impression de penser à surtout rien. Pour aller au bout des phrases sans pour autant aller dans mon sujet. Pour oublier. Me saouler jusqu’à plus cracher, jusqu’à plus lâcher, jusqu’à résister, jusqu’à me réveiller l’âme bouillie d’avoir peut-être dormi. Mourir provisoirement. Crever jusqu’à demain les deux mains engourdies de t’avoir écrit. Juste pour aller au bout de la phrase sans avoir le vertige. Juste ça. Ponctuer avec la fumée de ma cigarette qui te consume.
15 juin 2009
Soustraire les gris.
De leurs là bas, les panoramas nous regardent passer et trépasser. La splendeur d’instants trop intimes. Le temps s’affaisse le souffle un peu coupé, le regard un peu tremblant d’avoir vécu trop vite. Un temps presque sans voix, avec dans le fond de la gorge, un presque grain, un drôle de rauque qui racle nos profonds chagrins... Et l’on plonge les mains dans nos trésors, laissant passer l’horizon d’un bout à l’autre de partout.
On s’immobilise dans le sonore qui nous imprègne sans attiser l’attention. On bat du cœur avec pâleur, au ralenti, on s’amenuise, on transparait parce que paraitre nuit.
On se tait. On se terre. On s’immole dans le paysage brulant de souvenirs tellement fameux qu’encore fumants. On redevient vent au dedans. Et l’on se dit que regarder trop loin revient à s’arpenter, s’arcbouter, se marcher dessus, les pieds perdus dans le pardessus de jours déjà vus...
Le soleil fatigué vide toujours l’amer laissant tout son sable au bord de nos pieds.
Mais le vent est toujours plus joli sans nos bruits dedans.
Et Puis… Juste se tordre, s’enrouler sur un dernier ressort, se prélever sans s’écrouler, s’essorer les coulures des ocres feu, s’ébrouer l’esprit, soustraire l’aigri.
